Rose-Aimée | Témoignage

Rose-Aimée | Témoignage

Rose-Aimée porte la robe Franca de Oneself

Le jour où j’ai tourné le dos à la mode rapide 

Je n’avais jamais eu d’intérêt pour la mode. Je me fichais pas mal des vêtements que je portais. Je m’habillais d’assurance, de fous rires et de yeux curieux. En fait, je l’avoue, je misais tout sur mes cheveux au look faussement post-coïtal (j’haïs ça, me peigner). C’était suffisant pour me démarquer et afficher ma personnalité. 
Puis un jour, à grands coups d’usine qui s’effondrent (1), d’étiquettes qui crient à l’aide (2) et de taux horaires faméliques (3), j’ai compris que mes vêtements étaient faits par des humains. Des humains aux conditions de travail difficiles à concevoir. Ce jour-là, j’ai compris que plusieurs Québécois.es n’ont pas les moyens financiers de tourner le dos aux chaînes populaires ; que nous sommes souvent malgré nous pris.es dans ce système où l’on se vêtit – parce qu’on le doit bien – au péril d’autrui ; mais qu’en vérité, moi, j’avais le luxe de faire des choix. 
Il y a cinq ans, en tant que jeune professionnelle sans enfant, dans la classe moyenne et remplie de privilèges, j’ai sentie l’appel de l’achat responsable. Ce que j’ignorais, c’est qu’en choisissant d’encourager les artisans locaux et/ou éthiques, j’allais finalement me découvrir un style.
 

C'est de ça que j'ai l'air ?
En me tournant vers les vêtements de designers québécois, j’ai d’abord découvert mon corps. En fait, j’ai découvert que mon corps pouvait être considéré « small » par certains et « large » par d’autres, mais que dans tous les cas, on le comprenait bien. Les pièces créées ici m’aidaient à faire la paix avec des aspects de mon corps qui me semblaient des défauts lorsque couverts de vêtements pensés pour le monde entier, et non pour la Québécoise.   
J’ai découvert que le milieu de la mode n’était pas hautain, qu’on aimait m’accueillir dans les ateliers et me présenter des pièces avec fierté. J’ai découvert que le patch-work québécois, c’est un mythe. Qu’il y en a pour tous les goûts et que le mien, finalement, se dirigeait de plus en plus vers le classique outrageusement sexy. Que j’aimais les matériaux doux, les coupes sobres et mes épaules ou mon dos ou mes jambes ou mon décolleté ou mon ventre dénudés.
Chauvinisme 101
J’ai découvert que les créateurs et créatrices québécois.es se serrent les coudes. Qu’elles et ils tentent de dépasser les niches, de parler au plus grand nombre, de conquérir nos cœurs. Leurs créations reflètent toute la créativité et le savoir-faire d’ici. Les encourager n’est pas un acte de charité, mais un magnifique privilège.
Puis au final, j’ai compris que mon porte-feuille ne s’en portait pas plus mal. Que j’achetais moins, mais mieux. Que ma consommation devenait politique, parce que j’avais la chance d’enligner mes valeurs avec mes vêtements.
Si, aujourd’hui, vous êtes aussi de celles qui ont le privilège d’embrasser le local, l’éthique ou l’écoresponsable, je vous encourage à foncer. Je vous promets que vous découvrirez des pièces magnifiques (d’autres plus étranges), des artisan.e.s passionné.e.s (d’autres plus étranges) et de nouvelles raisons d’être fière d’être Québécoise.
Et si vous êtes comme moi, vous vous découvrirez peut-être même un style. Mais ça, ce n’est pas nécessaire. Une poignée de nœuds dans des cheveux vaguement ébouriffés font aussi l’affaire…
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Rédaction signée Rose-Aimée Automne T. Morin, rédactrice en chef chez URBANIA.

(1) http://www.lesaffaires.com/secteurs-d-activite/commerce-de-detail/effondrement-d-une-usine-au-bangladesh-on-y-fabriquait-les-vetements-joe-fresh/556836
(2) http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1219611-appels-a-l-aide-sur-des-etiquettes-primark-vrai-sos-ou-buzz-marketing-tout-est-possible.html
(3) http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/377438/le-prix-paye-pour-nous-habiller?commentaire_limit=0 

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